Le format CD est clairement remis en cause depuis ces dernières années. Ce constat n’est effectivement pas difficile à tirer, mais j’aimerais me pencher plus particulièrement sur les causes de cette débâcle.

Les causes sont multiples, et résident bien évidemment dans l’avènement de la consommation numérique et dématérialisée de la musique. Mais c’est avant tout une culture qui disparait avec Internet, et comme le CD avait tourné la page vinyle, le mp3 impose ses lois et son mode de consommation. Ainsi le concept du CD en lui même est ébranlé et la production musicale l’est par la même occasion.

Je m’explique : dans les années 60 est apparu l’“album concept”, qui consistait à ne pas sortir qu’une série de morceaux mais à créer une vraie œuvre d’art musicale cohérente tout au long de l’album. On notera principalement The Beatles avec leur Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967) qui fut la référence de l’époque. Par la suite, le rock progressif sera le mouvement phare de ce type d’album avec notamment Yes, King Crimson, Genesis et Pink Floyd qui sortirons des concepts-albums intemporels que l’on écoute d’une traite et réécoute des centaines de fois en découvrant toujours quelque chose de nouveau.

Cependant, avec l’ère du CD ces concepts albums ont soufferts de la segmentation systématique en tracks du support. En effet le changement de piste sera désormais très rapide, et cela incitera à une consommation plus hédoniste de la musique. L’album ne sera pas écouté en entier comme au temps du vinyle mais sera morcelée, et l’auditeur sera conséquemment tenté de réécouter un titre et de passer le suivant.

Quant au mp3,  il a complètement cassé le concept même de l’album au profit du simple titre ou d’un nombre restreint. Il est d’ailleurs démontré que la vente d’album dématérialisée est nettement inférieure aux ventes de titres à l’unité, le tout mis en rapport avec les ventes physiques de CD et de singles. Ainsi la consommation de la musique est accélérée, et même si l’offre musicale est en baisse depuis 2003 (voir le schéma) l’offre alternative qui est représentée par les indépendants autoproduits est elle en très nette hausse.

Parallèlement, le CD n’est plus écouté de la même façon. En effet, un CD sera désormais écouté une fois et si la première écoute ne satisfait pas entièrement l’auditeur, il changera. Pourtant on sait pertinemment qu’un album peut se révéler à la 4ème ou 5ème écoute. La musique bascule donc vers un plaisir immédiat de la musique et un plaisir simple. De plus, avec la surconsommation de playlist, la musique ne s’écoute désormais plus par album mais par genre. En découle l’offre segmentée de SFR, qui permet le téléchargement illimité d’un catalogue (Jazz, Rock, Classique), et qui finit de détruire les fondements du CD.

Le remplacement du CD a été  avec par exemple le projet SlotMusic de SanDisk. Mais ce n’est pour moi que retarder l’échéance de la déchéance du support physique de la musique. (ça rime tout ça :p) C’est bien évidemment une tentative d’implantation sur un marché en crise, mais ce n’est pas la meilleure solution que de vouloir aller contre les tendances des comportements consommateurs.

Je continuerai mon analyse dans de prochains articles en me focalisant sur des problématiques inhérente à la disparition du CD.