Les majors de l’industrie musicale sont face à un dilemme qui résume assez bien la situation actuelle. En effet, les nouveaux usages se tournent inévitablement vers la consommation de musique dématérialisée au second degré (le streaming), mais les revenus principaux proviennent encore de la consommation de musique en tant que produit (les CDs). Comment changer de business model sans subir trop de dégâts?

La partie visible :

Vu de l’extérieur, les majors sont des acteurs immobiles, sans management de l’innovation, et assoiffés d’une volonté de contrôle sans pareil. Les exemples qui confirment ces impressions sont nombreux :

  1. Les minimums garantis imposés aux sites de streaming : Lors de la mise à disposition des catalogues, les majors imposent contractuellement aux Deezer & Cie de leurs reverser mensuellement ou trimestriellement un montant minimum pour l’exploitation du catalogue. Ces montants ne sont pas justifiés, et ne permettent pas aux startups - pourtant innovantes - d’atteindre l’équilibre.
  2. Les coûts unitaires de diffusion d’un titre sont assez élevés pour ne pas permettre aux acteurs innovants d’envisager la rentabilité. En résumé, Imeem et consorts perdent de l’argent à chaque écoute conséquemment à un “streaming rate” que les majors refusent de baisser.
  3. Les négociations pour obtenir l’autorisation de diffuser les catalogues des majors sont un calvaire. L’exemple du périple que Deezer à traversé pour obtenir le catalogues des 4 majors et assez révélateur. Ainsi la plateforme à mis 2 ans pour tout obtenir avec la signature de EMI datée de quelques mois seulement.
  4. Le refus par les majors de la “Licence Légale” pour le streaming (à ne pas confondre avec la “Licence Globale“) frustre les acteurs et les consommateurs. Les majors sont accusés d’immobilisme, et de frein à l’innovation.

La partie cachée :

Mais à coté de ça, la plupart des dirigeants des majors sont des personnes éclairées, et conscient de la crise qu’ils traversent. Les solutions sont connues, et le futur de la musique et de sa consommation est assez clair. Cependant le passage d’un business model à un autre est toujours périlleux, et le but est de passer de l’un à l’autre sans trop de dégats (licenciements). Les stratégies en place sont donc en accord avec ces problématiques, et en désaccord avec les nouveaux comportements consommateurs. Mais le changement de pratiques est dans ce cas plus rapide pour les consommateurs que pour les organisations. Comment donc permettre aux consommateurs d’écouter de la musique en streaming sans avoir encore trouver un business model rentable pour ce type d’usage?

  1. Garder le contrôle de son cœur de métier : la musique. Les majors essayent malgré tout de ne pas donner leur musique à des acteurs pour qui la musique n’est qu’un produit d’appel. Ainsi l’arrivée des FAI dans le champ institutionnel est - d’un certain point de vue - une menace pour les majors. En effet leur arrivée à la fin de la chaîne de valeur de la musique online est une perte de contrôle.
  2. Dans un champ institutionnel instable, les majors préfèrent licencer leurs catalogues à des acteurs assez stable. En effet si Deezer se fait racheter par SFR, le catalogue des majors va servir de produit d’appel pour des abonnements, et conséquemment la valeur de la musique - perçue par le consommateur - diminue.
  3. Des clauses particulière sont donc ainsi ajoutées. Sans citer de nom, certaines startups ont obtenues le droit de diffuser le catalogues de certaines majors qu’a condition de ne pas se faire racheter. Dans le cas d’un rachat, le deal est contractuellement rompu.
  4. Les majors ne veulent pas conséquent pas de “Licence Légale” qui permettrait à n’importe quel acteur de pouvoir diffuser les titres de leurs catalogues et reverser un montant fixe unique pour chaque titre. C’est une volonté de garder le contrôle des catalogues et permettre aux acteurs dont la musique est le coeur de métier de pouvoir les diffuser.

Mais la remise en cause du modèle même des majors de l’industrie musicale est ici la problématique, et la théorie de la disparition des majors est de plus en plus avancée. Pour EMI, Universal, Warner et Sony la problématique est la suivante : Comment réagir face à des consommateurs et à un champ institutionnel qui à évolué beaucoup plus vite que nos organisations?


Deezer est certainement la startup occupant la place la plus centrale dans l’environnement français de la musique en ligne. En effet l’entreprise de Jonathan Benassaya a été avancée comme une arme et un argument contre le téléchargement illégal lors des négociations de la loi “Création et Internet“. Ce positionnement passif (ou presque) de Deezer n’est pas sans conséquences, et le site de streaming se doit de confirmer tous les espoirs fondés en lui et se doit de rectifier le tir après de nombreuses critiques, notamment ciblés sur l’interface et l’ergonomie de la plateforme. Ainsi la startup lance une nouvelle version du site en bêta privée, dont voici les premières impressions.

Ce qui frappe dès le début est le changement de couleur de fond. On passe du noir au blanc, et ça fait franchement du bien. La navigation est facilité par ce nouveau code couleur qui - je dois dire - ressemble assez au code couleur utilisé par Imeem. Deezer garde sa fameuse home très régulièrement mise à jour, et ça j’aime.

La navigation change un peu avec cette nouvelle version, puisque le lecteur audio est désormais placé en haut de la page, et est plus discret. Certains seront peut-être un peu déboussolé par ce changement, car la plupart des plateformes et des softs de streaming ou d’écoute voient leurs lecteurs situés sur la droite. Cependant le lecteur reste plus classique une fois que l’on navigue hors de la page d’accueil. La navigation est alors plus fluide, grâce a des améliorations dans le code dont je laisserais les connaisseurs juger des avancées. La visibilité est accrue avec la suppression de la barre de navigation à droite, laissant ainsi plus de place au contenu.

L’accent est mis sur le partage avec plusieurs moyens de faire part de ses découverts à ses amis (twitter, netvibes, facebook, delicious entre autres). Les playlists ont aussi été revues grâce à un drag-and-drop plus fluide, et à l’unique bar de navigation sur la gauche. Barre de navigation qui ressemble très étrangement à celle de Spotify, mais on va dire que Deezer et Spotify partent des mêmes constats et observations concernant les comportements des consommateurs :).

Point intéressant a noter : La bannière publicitaire en haut de page a été supprimée au profit de publicités dans le corps des pages. Peut-être que chez Deezer on s’est rendu compte que la surcharge de pub visuelle gâchait l’expérience utilisateur sans générer de revenus en compensation, et que de toute façon quand on écoute de la musique, les pubs visuelles ne sont pas ce qui à de plus cohérent. Dans tous les cas, cette v3 de Deezer devrait bien introduire les publicité audios et une version “Premium“, mais ça c’est une autre histoire dans un autre post :).

J’attendais avec assez de curiosité ce concert de Phoenix sur SFR en Live Concert, expérience que je n’ai jamais encore eu l’occasion d’avoir. Voici en quelques lignes ma réaction avec 3 axes d’approches : Le contexte, l’expérience, et la praticité.

Le contexte :

Le concert devait commencer à 20h30, donc la retransmission commence vers 20h30, mais pas le concert. On a ainsi le droit à l’ambiance avant-concert, avec les derniers réglages, le bruit de fond du public (réel) qui attend, et le bruit de fond du public (sur le chat) qui attend. L’image n’est pas statique puisque le réalisateur navigue entre les 3 caméras qui quadrillent le studio SFR pour l’occasion.

L’expérience :

L’expérience utilisateur est évidemment liée à la qualité de la retransmission, si l’on omet la qualité intrinsèque et subjective du groupe. Ainsi avec la possibilité de changer soi même l’angle de vue, ou d’en choisir plusieurs grâce à des fenêtres séparés, on a la possibilité de consommer le concert passivement et activement. Quant à la qualité du son et de l’image, j’ai été assez déçu, et c’est ce critère qui ne m’a pas retenu jusqu’à la fin du concert. J’imagine que la captation doit être assez délicate à effectuer, et que la captation vidéo dans un environnement sombre doit être difficile à retransmettre en direct en flux à 600 ko/s. Cependant même avec une bonne connexion et en choisissant la meilleure qualité, le rendu n’est pas à la hauteur. Je m’interroge donc sur la pertinence de la consommation mobile d’un concert, les best practices observées sur ces usages ne correspondant pas.

Même si l’échange avec les autres utilisateurs n’existe pour l’instant uniquement grâce à un chat très basique, on imagine que plusieurs perspectives de développement sont prévues dans ce sens. En effet l’expérience sociale d’un concert doit impérativement être conservée malgré la froideur du support numérique. Il y a quelques mois j’ai assisté à une démo du futur site Live Concert à l’Appart SFR, et les possibilités offertes au spectateurs n’ont semble-t-il pas encore été développées.

La praticité :

C’est un élément prédominant  dans la dématérialisation d’un évènement apparemment difficile à digitaliser. La retranscription de l’ambiance est assez réussie, mais le reste non. La lecture flash d’un contenu “HD” n’aide pas, et mon mac s’est rapidement mis à chauffer. Des améliorations sont aussi à penser quant à l’ergonomie du site qui ne permet que le visionnage du concert. Aucune synergie n’est faite entre l’univers de l’artiste, sa musique, et les produits à vendre (merch & cie). Pourtant, une fois qu’un utilisateur est sur le site, son attention est captée, et capter l’attention est le plus dur à faire. SFR ne monétise pas du tout l’attention des utilisateurs qui sont souvent fans, et donc beaucoup plus enclin à consommer leur relation avec l’artiste. Je pense et j’espère qu’SFR est dans une phase de test, et que l’opérateur préfère actuellement roder tous les process de captation et de diffusion pour pouvoir rapidement les industrialiser.

Mais le Live Concert by SFR reste une bonne idée et est plus longuement explicité par Laurence Dolivet dans son interview DigitalMeme. Peut-on affirmer que le Live Concert sera consommé comme un “preview” par les consommateur? J’entend par là que ce type de concert servira peut-être de produit d’appel pour le concert en lui-même, en étant une version “Demo” de la vraie performance Live.

Vendredi 29 mai, à 15h au Centre POMPIDOU IRI à Paris, DigitalMeme organise une table ronde sur les nouveaux rapports entre le live  et l’innovation digital : Comment le numérique révolutionne-t-il le spectacle vivant ?

Voici la listes des intervenants de la table ronde :

  • Yann PAGÈS ou Pierre-Henri DEBALLON, co-fondateur du service de billetterie en ligne WEEZEVENT
  • Julien ULRICH, CEO d’AWDIO, service de diffusion de concert en ligne
  • Marie-José SALLABER, directrice Adjointe de l’IRMA, spécialiste du spectacle vivant
  • Jean-François PAUX, responsable du secteur salles de spectacles au CNV
  • Sébastien BOUDOT, CEO de MYGROOVYPOD, service de diffusion de concert en direct
  • Pénélope BAUDOIN et Sabrina BENREHAB, responsable communication au Trois BAUDETS, salle de concert parisienne
  • Sébastien ZAMORA et Rabah GUENDOUZ, de Live BOUTIQUE, portail web de producteurs indépendants de spectacle
  • Olivier DARBOIS, Producteur, tourneur, éditeur  CORIDA (sous réserve)
  • Modérateur : Frédéric NEFF, consultant indépendant et membre de DigitalMeme.

Le monde du spectacle vivant et le monde numérique commence a constituer de nouveaux business, de nouvelles pratiques et de nouveaux outils performant pour les artistes comme pour le public. Le live est de plus en plus visible, disponible et accessible sur Internet. Quel avenir pour le spectacle demain ? Qu’elles sont les innovations qu’apportent ces nouveaux outils ? Comment les salles de spectacles et les professionnels du concert les utilisent ? Le live numérique, c’est pour demain ?

Prendre le temps de se rencontrer

En seconde partie, à partir de 17h, DigitalMeme organise un Speed Dating Collectif.
Le principe est simple. Chaque personne inscrite peut présenter sa structure, un projet, une problématique au public en un temps limité en interaction avec le public. C’est un brassage de public, de réseau dans un cadre ludique.
Paris Mix et le Bureau Export seront de la partie.
Pour participer, rien de plus simple, inscrivez-vous en envoyant par mail votre nom et la durée choisie (2 ou 5 minutes).

Dans une première partie, nous avons vu l’ancienne chaîne de valeur de la musique enregistrée, caractérisée par un contrôle presque total des majors.

Avec l’entrée des fournisseurs d’accès à internet, des acteurs pure players, des distributeurs digitaux, la chaîne de valeur s’étend et les intermédiaires entre les artistes et les consommateurs se multiplient. Ainsi les acteurs en bout de chaine s’essayent à ce que l’on appelle « une remontée de la chaine de valeur » qui consiste à prendre en charge des parties situées en amont de leur cœur de métier principal, comme par exemple la production ou l’édition. Nous le verrons par la suite, mais ces stratégies de remontée de chaine valeur sont à l’origine de multiples situations d’intégrations verticales, le but étant toujours de contrôler la chaine de valeur.

La nouvelle multi chaine de valeur de l’industrie musicale :

chaine2

  • Cette chaine n’est plus a sens unique, puisque les artistes bénéficient désormais de plusieurs voies pour atteindre les consommateurs, et peut désormais aussi l’atteindre directement grâce à internet.
  • Les FAI se placent comme intermédiaire obligatoire pour la distribution numérique, et contrôlent désormais cette partie de la chaine de valeur. Ils entament eux aussi une remontée de la chaine de valeur via la production de certains artistes.
  • Les distributeurs digitaux apportent leur « core compétence » technique et le valorisent auprès des majors par un savoir faire exclusif
  • Les constructeurs de baladeurs, souvent distributeurs digitaux, créent des relais de croissance entre la distribution et la consommation de musique, en se servant de la musique comme produit d’appel pour vendre des baladeurs mp3.
  • La remontée de la chaine de valeur est donc entamée et les majors sont dans une position délicate, ou ils sont dans l’obligation de se recentrer sur leur cœur de métier.

Les majors souhaitent conserver l’ancien modèle économique dont ils contrôlent la chaine de valeur. Les pressions institutionnelles se matérialisant par l’entrée de nouveaux acteurs dans cette chaine de valeur anciennement contrôlée.

Ainsi les majors sont dans l’obligation de diversifier leurs activités et d’intégrer d’autres chaines de valeur. L’allocation des ressources ne se fera conséquemment plus seulement sur le contrôle de la chaîne de valeur de la musique enregistrée. Pour ce faire, les deals à 360° avec l’artiste semblent la meilleure solution pour contrôler l’amont de l’ensemble des chaînes de valeur de l’indutrie musicale, qui commencent généralement toutes par l’artiste.

À Propos

Ce blog traite de l’actualité de l'industrie musicale et des innovations liées aux nouveaux modes de consommations de la musique.

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Bonne lecture !

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  • Hugo Amsellem: Content que le design te plaise, j'en suis pas encore a ton niveau :D Yep, c'est pas encore top, [...]
  • Antoine Marcadet: Et bien je vois qu'il n'y a pas que deezer qui évolue, ton blog aussi ;) Sympa le nouveau design ^ [...]
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